Berthe

 

Quand je suis arrive a Montreal, je ne connaissait personne et je ne voulais pas rester seul. Comme je ne suis pas du genre discoteque, je me suis inscrit a un club de rencontre. Ca s’appelait “Astro Club”. Pour ceux qui connaissent Montreal s’etait dans la galerie de la station de metro Berry de Montigny.

 

Toute les semaines, le Vendredi, j’avais une carte dans ma boite au lettre avec un prenom et un no de telephone.

 

La plupart du temps c’etait pire que la cour des miracles. Je me suis vite rendu compte que ceux qui font affaire a ce type de systeme sont du genre “desespere”. Un paquet de boudins et de chromos, quelques aventures sans lendemain, quelques pots de colle.

 

Un jour une carte avec le prenom “Berthe” et un No de telephone a Saint Hubert, dans la grande banlieue de Montreal.

Je telephone et une voix enjouee me reponds. Parle, parle, jaze, jaze, rendez vous est pris pour la semaine suivante chez elle. En general je preferais un terrain neutre, mais comme elle insistait.

Quand je lui ai demande de se decrire, elle m’a dit “blonde un peu envelopee”.

 

Le jour donne j’arrive devant la porte d’une petite maison, je sonne, la porte s’ouvre et c’est la cata.

Berthe devait faire bien au dela des 100 kg, le genre qui utilise une toile de tente pour s’habiller.

Enooooorme.

Tout ce qu’il fallait ou il fallait, mais en quantite industrielle. Je fais plus de 6 pieds, elle m’arrivait loin sous le menton.

Berthe c’est Oprah avant sa cure d’amaigrissement. Une vrai publicite pour les “Weight Watchers”.

Son seul actif etait un visage lisse qui est une des caracteristiques des femmes obèses avec un beau sourire et des yeux bleus.

 

J’aurais pu m’enfuire avec un pretexte quelconque mais je suis entre, un peu par paresse, un peu par pitie, un peu par charite.

On s’est retrouve dans son salon, de part et d’autre de son canape trois places, dont elle occupait confortablement les deux tiers. Heureusement elle avait une bonne bouteille de vin qui m’a aide a etre patient et m’a paye de ma peine.

 

Et j’ai appris son histoire.

 

Obèse depuis son jeune age suite a un debalancement hormonal, Berthe etait entrée a 16 ans au couvent avec la conviction que le seul homme qui voudrait d’elle etait Jesus. En tout cas c’est ce que les soeurs lui avait dit pour la convaincre “qu’elle avait la vocation”.

Sortie du couvent a 32 ans car incapable de supporter l’atmosphere de panier de crabes et l’hypocrisie qui y regnait. Crepages de cornettes, jalousies, injustices, delation rendue au niveau de grand art, prise de bec avec la mere superieure, etc.

Un jour elle en a eu ras le bol et a decide que la vie “dans le monde” etait plus supportable malgre son handicap physique. Voeux perpetuels ou pas, elle a claque la porte du couvent.

Son seul bagage c’etait une maitrise en litterature anglaise que les soeurs lui avait paye pour lui permettre d’enseigner et un PhD sur la litterature saxonne en route.

Heureusement, la nature lui avait donne un cerveau a defaut d’un corps. Elle n’a eu que l’ambarras du choix pour trouver un boulot avec un salaire bien a elle. Une petite maison bien meublee avec tous les gadgets et une GM Firebird blanche devant la porte comme signe exterieurs de reussite professionelle.

 

Malgre sa reussite sociale, Berthe etait bien consciente que son aspect physique limitait terriblement ses chances de se caser.

Tout ce qu’elle attendait de la vie a 35 ans c’etait d’avoir au minimum un amant d’un soir.

Excepte les vibrateurs dont elle avait appris l’usage au couvent et quelques aventures homosexuelles avec des collegues de couvent sans reelle satisfactions, Elle etait toujours vierge.

Berthe s’etait inscrit a Astro Club pour perdre son pucelage.

 

J’ai appris ainsi qu’une bonne douzaine d’hommes de tout age et conditions avaient partage le divan et le vin.

A part des promesses vagues non remplies, aucun succes. Meme l’amant d’un soir lui etait refuse. Elle avait bien pense a se payer un gigolo, mais elle avait peur de subir des humiliations.

Non seulement Berthe etait physiquement obèse, elle s’habillait obèse, se coiffait obèse, sentait obèse, parlait obèse, avait un body language obèse.

 

J’etais le Nieme a qui elle demandait comme une charite “S’il te plait, baise moi”.

 

Dans un coup de folie ou parce qu’elle me faisait pitie, je ne sais pas, je me suis offert.

En toute honnete, l’idee morbide de faire l’amour avec une femme obèse avec une poitrine hors alphabet, y etait aussi pour quelque chose.

 

Ce soir la c’etait pas possible. Berthe avait ses regles et avait depuis longtemps arrete la pilule alors on a remis ca a la semaine suivante.

Je devais attendre son coup de telephone.

Une semaine, deux semaines, trois semaines, un mois pas de telephone.

Alors j’ai appelle.

Etonnement de la “demoiselle”: “Tu veux vraimant, tu ne disais pas ca pour me faire plaisir?”.

Rendez vous est pris pour le Vendredi de la semaine suivante.

 

Des le depart j’ai avertis Berthe de ne rien esperer de moi d’autre que ce qu’un amant pouvait donner.

 

La premiere fois, j’etais absolument concentre sur elle. Je voulais que sa premiere exprience fut pour elle une reusite. Plutot que de “passer imediatement aux affaires en cours”, j’ai joue le grand jeu de la seduction, de la progression comme si je devais la conquerir.

Mais c’etait bien une comedie, un jeu auquel je m’etais pris, car mon propre plaisir passait en second, avant mon “devoir”.

Elle jouait le jeu, parfois un peu etonnee, mais toujours conciliante. Une bonne eleve. Et puis tout a coup elle m’a regarde dans les yeux, la bouche entre ouverte comme etonee de ce qui lui arrivait et apres un grand soupir, elle est partie en hurlant au septieme ciel. Quand, apres plusieurs aller-retour, elle est revenue sur terre, elle etait en sanglot et a commence a m’embrasser en me remerciant de lui avoir donne ce bonheur immence.

 

J’ai tout appris a Berthe

 

Je lui ai fait connaitre l’orgasme a repetitions dans un paquet de positions, je lui ai apris les milles et une manieres des courtisanes, de la fellation digne d’une masseuse Thailandaise au techniques de Kegel, popularisees par Jeanne Fonda, qui permettent de masturber un homme sans les mains, rien qu’avec les muscles du bassin.

Elle a appris toutes les signification du No 69, du cunnilingus et de l’amour a la grecque.

Tout ce qu’on pouvait faire sous la douche avec un morceau de savon.

Rien n’a ete epargne. J’avais moi meme ete a bonne ecole suite a une liaison avec une femme plus agee.

 

Incroyable, je trouvais mon plaisir a travers elle. Sans le vouloir, Berthe m’a appris que faire l’amour c’est d’abord donner et non prendre. Le plaisir tellement plus intence quand il vient du plaisir de l’autre. Les succes de l’eleve recompencaient au centuple les efforts du professeur

Ca m’a servi plus tard quand j’ai rencontre celle qui allait etre me femme.

 

J’etais tellement embarque dans mon role de “maitre d’arme” que j’ai fouille les librairies et les bouquinistes, Joy of Sex I, Joy of sex II, Joy of sex III, la femme Sensuelle de “J”, le Kama Soutra, tout y a passe. J’ai meme trouve un magasin Indien dans le vieux Montreal qui avait une collection de miniatures ultra suggestives dans son arriere boutique. Puis j’ai fait les sex shops de la rue Sainte Catherine pour apprendre que Berthe faisait la meme chose de son cote en trouvant un catalogue dans son studio.

 

11 mois plus tard, et Berthe, malgre son handicap ponderal pouvait entrer en competion avec les plus grandes courtisanes de l’histoire.

Pour moi ce fut une experience innoubliable, pour elle une decouverte de sa vrai personalite. Plus elle apprenait, plus elle perdait ses inhibitions, plus elle etait sure d’elle meme. C’etait visible a sa garde robe, son maquillage, son choix de parfums, la perte de ses complexes les uns apres les autres.

Quand j’arrivais chez elle le Vendredi soir elle etait tellement pressee de me demontrer son savoir que souvent la fete a commence dans le corridor, directement derriere la porte d’entrée, pour continuer a travers toute la petite maison, transformee en Eden avant la pomme, jusqu’au Lundi matin.

C’etait rendu qu’elle s’amusait comme une gamine. Le sexe etait devenu un jeu, une dance. Un jour a ma grande surprise elle m’a fait un strip tease avec des vetements qu’elle avait trouve et specialement modifie, le tout avec musique ad hoc, lumieres tamisees et batons d’encen.

Moi meme il m’arrivait d’oublier son aspect physique tellement elle etait devenue une vrai femme, sensuelle, maitresse de son corps et de ses competances d’amante. Le corps difforme qu’elle camouflait de honte lors des premieres rencontres, elle l’exposait sans aucune gene ni pudeur.Elle avait meme trouve le moyen d’en tirer avantage.

 

Obèse et sexy, la nonette complexee du debut etait tres loin.

 

Et puis un jour, c’est arrive.

 

Je lui  telephonais pour fixer le prochain rendez vous et elle m’a annonce qu’elle avait rencontre quelqu’un et qu’il valait mieux qu’on ne se voie plus.

 

J’ai appris plus tard qu’il etait prof comme elle et juste avant que je parte pour l’Arabie elle m’a annonce qu’elle etait enceinte.

Elle pleurait de joie au telephone.

 

J’ai revu Berthe chaque fois que je rentrais en vacances a Montreal. Ni son mari ni ma femme ne savent rien et c’est tres bien comme ca.

Un jour il y a de ca 15 ans, dans le restaurant ou nous nous rencontrions en cachette, je ne l’ai pas reconnue.

Elle s’etait fait brocher l’estomac, diminue la poitrine a une taille raisonable et avait perdu 60 kg.

Elle etait belle tellement elle radiait de bonheur.

Tous les ans, le 7 Septembre, l’anniveraire de son depucelage, elle m’envoie une carte avec toujours la meme chose.

 

J'étais seule quand je t'ai rencontré

Les autres s'enterraient, toi tu étais vivant

Tu chantais comme chante un enfant

Tu étais gai comme un Belge

Quand il sait qu'il aura de l'amour et de la biere

Et enfin pour la première fois

Je me suis enfin sentie :

 

Femme, femme, une femme avec toi

Femme, femme, une femme avec toi

 

Merci, merci, merci d’avoir fait de moi une femme

 

Helian, le fils de Berthe, a maintenant 25 ans et fait la fierte de ses parents a l’ecole de Medecine de Montreal.

 

Je crois que en toute honnetete j’aurais du etre le parrain.